Intentions de mise en scène

Ainsi vont les cerises

« Le rire est la distance la plus courte entre deux personnes. » Victor Borge

Ainsi vont les cerises est un spectacle de théâtre inspiré par l’univers clownesque. Il est au service d’une intrigue et les comédiennes ne portent pas de nez. L’état clownesque, les moteurs de jeu de ce style et ses débordements seront aux fondations de l’écriture. Grâce à un stage dirigé par Ami Hattab, j’ai rencontré le jeu clownesque de l’intérieur. Lui-même élève de Jacques Lecoq, il m’a invitée à m’inscrire dans cette lignée. Cette découverte en moi-même m’a profondément bouleversée. Je chemine depuis sept ans avec cette ouverture dans le coeur que je désire partager avec les jeunes spectateurs.

En faisant appel à deux comédiennes, je souhaite évoquer la fratrie qui s’affronte et se réconcilie. Deux soeurs reviennent aux lieux qui les ont vues grandir et l’enfant en elles se met à jouer instantanément. Le monde des adultes n’est pas éloigné de celui des enfants à partir du moment où l’enfant, comme un animal, est resté vivant en eux, prêts à bondir et à s’amuser ! Par l’émotion et le rire, je voudrais que les jeunes spectateurs sentent en eux cette part « théâtrale et clownesque » dans la créativité de leurs jeux dont le spectacle sera le miroir. Je veux les inviter à ne subir le monde mais à l’inventer.

Ce spectacle s’adresse au Jeune Public à partir de 6 ans mais aussi aux adolescents et aux adultes avec des représentations Tout Public. Je souhaite m’adresser à plusieurs générations. C’est un choix que je porte depuis longtemps avec ma compagnie. En 2006, j’ai mis en scène Pling conte musical Jeune Public de Nathalie Fillion et je retrouve avec Ainsi vont les cerises cette même énergie débordante et pleine de fantaisie. Avec Pacamambo, pièce Jeune Public de Wajdi Mouawad que j’ai mis en scène en 2012, la question du deuil et de la transmission était déjà présente entre une grand-mère et sa petite fille et envisagée sous le mode dramatique. Avec Ainsi vont les cerises, cette thématique revient portée par la distance de l’humour. C’est une prise de risque qui me plait de susciter le rire et l’émotion avec un point de départ qui n’est pas drôle. Les pièces portés par la compagnie, Le chant du Dire-Dire de Daniel Danis en 2006 et L’Echange de Paul Claudel en 2011 étaient des drames et je trouve intéressant dans mon parcours d’aborder le registre comique comme un nouveau champ à explorer.

Je souhaite partager avec le public un moment de théâtre burlesque et onirique, en contraste avec la violence des images et de la vie à laquelle nous sont confrontés, enfants et adultes. Je veux défendre la puissance de la délicatesse et de la créativité incarnée par la mère et la possibilité de se réconcilier et de retrouver le goût de la relation fraternelle portée par les deux sœurs.

Le spectacle répond à une cohérence dramaturgique suivant un canevas que j’ai écrit en novembre 2015. Il s’écrira aussi au plateau et s’enrichira des improvisations proposées par les comédiennes et des compétences de l’équipe. Les bascules de jeu m’intéresse en particulier : du réel on glisse vers une régression, une transgression ou un univers métaphorique. Il s’agit d’amener le public ailleurs et de le surprendre sans cesse.

Etre soeurs

Comment fait-on dans la vie, quand avec son frère ou sa soeur, on a du mal à s’entendre ? Si la réconciliation n’arrive pas à s’établir dans les conflits fraternels, comment fait-on avec le reste du monde ? Ces questions me travaillent en portant ce projet. Il n’y a pas de réponses toutes faites mais il me semble que derrière les mots « frère et soeur », il y a la question de la fraternité, fraternité biologique, fraternité choisie, fraternité dans notre condition d’hommes et de femmes. La fratrie c’est le début de notre rapport au monde.

« Quelle chance j’ai d’avoir une sœur !
J’ai face à moi, comme un miroir, où je vois ce que je ne suis pas, mais alors pas du tout et qui pourtant me ressemble.
Tout nous sépare mais rien jamais ne pourra nous désunir.
Je crois que j’aime les autres et le monde car le premier autre qui m’a regardée, c’est Elle. » 

Propos de Véronic Joly sur la fratrie

Raconter le conflit entre soeurs appelait pour moi le duo comique car il apporte un éclairage brut, direct, non psychologique et profondément enthousiaste. Dans leur enfance, les soeurs habitaient naturellement ces dimensions. Pourquoi faudrait-il perdre l’enfant en soi pour être adulte ? C’est un non sens.

Le fait de voir des femmes de cinquante ans jubiler en retrouvant les jeux de l’enfance est une dynamique essentielle pour moi à faire passer aux jeunes spectateurs. Cette euphorie enfantine ne leur est pas réservée et peut perdurer dans le temps tout comme une certaine foi en la vie qui nous permet de croire que le champ des possibles reste ouvert. Il me semble que si nous apprenions le pardon à nos enfants, il y aurait moins de conflits familiaux, si les adultes gardaient leur capacité d’émerveillement, il y aurait moins de conflits à l’échelle mondiale. Cet enthousiasme devant la vie, j’ai désiré qu’il soit porté par la mère. Dans ses facéties qui traversent même la mort, elle est une figure extrêmement bienveillante, réconciliatrice et porteuse d’espérance.

La relation fraternelle permet aussi de dédramatiser la question de la mort avec ce passage burlesque où l’aînée fait une syncope en essayant de forcer la serrure de la porte de la maison parentale. La cadette va la réanimer comme elle peut créant un jeu décalé et non réaliste avec sa sœur devenue un moment comme « une poupée de chiffon ». Le corps mort devient alors comique et transposé. Cette distance théâtrale sur une réalité particulièrement complexe peut être une catharsis pour nos jeunes spectateurs.

« Moi, mes soeurs, je tiens à elles comme à la prunelle de mes yeux.
Je ferais tout pour elles.
Nous ne sommes pas toujours d’accord.
Nous ne menons pas la même vie.
Nous n’aspirons pas toutes à la même chose.
Mais sans elles, je ne serais pas la personne que je suis.
Sans elles, je serais comme un oiseau sans ailes.
Sans elles, il me manquerait des bouts.
Sans elles, je serais orpheline.
Je ne peux pas imaginer une vie sans elles. »

Propos de Stephanie Liesenfeld sur la fratrie

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