Ligne artistique

L’EXPLIQUE-SONGE : ESSENCE ET RÉCURRENCES

THÉÂTRE DE LUMIÈRE EN CLAIR-OBSCUR

Echange©FrédéricAuclair

L’ECHANGE

« L’oeil du peintre » de Valérie Castel Jordy n’est pas seulement le travail du corps et du mouvement, mais aussi la mise en beauté des corps, par la semi-nudité, par la nudité, par la lumière en clair-obscur.

Au tout début du Chant du Dire-Dire, pour exprimer le chaos originel, il y a une faible lumière de lampe à pétrole sur les visages. Dans L’Echange, la lumière rasante sur les corps dénudés, modifiée de surcroît par le filtre du grand tulle blanc en fond de scène, invite assez tôt le spectateur à rentrer en douceur dans un univers où le rêve, l’inconscient, le non-avoué affleurent.

THÉÂTRE DU DÉVOILEMENT PAR LE COSTUME

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LE CHANT DU DIRE-DIRE

Les costumes perdent ou gagnent des pelures au long des spectacles. Dans Le Chant du Dire-Dire, la mise en scène propose une transposition pudique de la sauvagerie des municipiens vis à vis de Noéma. Pendant que ses frères racontent cet épisode, elle arrache ses bouts de robe et le public imagine très bien la foule grondant autour d’elle.

Marthe dans L’Echange perd des éléments de costume, on les lui arrache, comme un signe de sa douleur. Lechy lui demande : « Qu’est-ce que la vérité ? N’a-t-elle pas dix-sept enveloppes comme les oignons ? ».

Julie dans Pacamambo n’a pas la peau qu’elle aimerait avoir. Elle se maquille et change de costume comme pour partir en guerre, et ce simulacre de camouflage nous la fait apparaître avec la peau noire. C’est une des étapes qui la libèrent.

THÉÂTRE DE CEUX QUI SONT À PART

Dans Le Chant du Dire Dire, L’Echange et Pacamambo, nous voyons quatre personnages confinés, face à un danger grandissant et une fin incertaine.

Noéma, Louis Laine, Julie sont des âmes à part, des âmes restées ou devenues sauvages. Incontrôlables, comme dans nos sociétés où les marginaux, qu’ils soient des sans-logis revendiquant farouchement leur indépendance, des êtres frappés par la maladie ou des extravagants, fascinent les autres, et tout à la fois les encombrent.

THÉÂTRE DES GESTES QUI PURIFIENT

Pacamambo©expliquesonge

PACAMAMBO

Laver l’autre pour le purifier. Dans Le Chant du Dire-Dire, Noéma la sauvageonne de retour, inerte, sans langage, est lavée par ses frères, derrière un voile de plastique qui à la fois, place le public à une distance pudique, tout en agrandissant cet acte.

Julie dans Pacamambo, déplace, parfume et maquille le plus délicatement possible le corps défunt de sa grand-mère Marie-Marie pour la veiller.

C’est un long chemin pour ces personnages, d’acquérir le courage de ces gestes de purification ou d’humanisation. Si le fait d’enterrer ses morts est le premier geste « civilisateur » de l’histoire humaine, que dire de celui de les veiller, de les embaumer, de les chérir encore ?

 THÉATRE DES COEURS PURS

Noéma rêve d’être chanteuse, seule femme à la voix unique, enserrée dans un monde d’hommes, de brutaux qui font bloc, prêts à fondre sur elle. La lumière qui s’échappe de son corps est le symbole de la pureté spirituelle qui l’habite.

Dans L’Echange, Louis Laine ouvre le spectacle en écartant les vagues du tulle de fond de scène, pour se laver dans la mer. Mais « ce n’est pas cette eau salée-là qui te purifiera, mais celle qui sort de tes yeux » lui dira Marthe vers la fin de la pièce. Personnage central de L’Echange, Marthe est vierge de toute mauvaise intention, et si elle ne peut empêcher les autres de faire le mal, elle combat cependant jusqu’à la dernière seconde de la pièce avec son arme à elle : le pardon.

2-scénographie Pling

PLING

 

Dans la compagnie, l’acteur est au centre comme l’humain est au centre. Le Théâtre de Valérie Castel Jordy est fait de nuances et ouvert à plusieurs lectures, tel un grand vaisseau qui avancerait dans l’eau offrant des yeux de lumière.

 

 

Yasmine Bargache, chargée de diffusion.

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