Note d’intention

Etty Hillesum est entrée dans ma vie en 2010 lors d’une formation. L’intervenante m’a dit : « tu me fais penser à elle. » Je n’ai pas compris pourquoi. Quelques mois plus tard, coïncidence, une comédienne m’offre son livre, Une vie bouleversée. J’ai commencé à lire quelques pages puis le livre est resté fermé plusieurs années. En 2014, je me suis lancée et j’ai été saisie. En lisant, des images scéniques me venaient et se sont fortement imprimées en moi. En 2017, j’ai commencé une ébauche d’adaptation et j’ai compris un an plus tard qu’il ne s’agissait pas seulement d’adapter mais d’écrire une pièce.

En 2019, j’ai travaillé alors sur son oeuvre complète et j’ai passé des soirées d’écriture d’une rare intensité en compagnie de celle qui est devenue mon amie. Avec ma pièce Au cœur des cendres, j’ai choisi de m’inspirer de la vie d’Etty Hillesum pour faire entendre une parole de femme prise dans l’étau d’une des pages les plus sombres de l’histoire de l’humanité et qui est parvenue à répondre à la violence par l’amour. Depuis sa création en 2021, le spectacle continue sa vie et a été joué plus d’une vingtaine de fois en Ile-de-France et en tournée en France.

En 2026, Cécilia Dutter, présidente de l’Association des Amis d’Etty Hillesum me demande de faire une lecture musicale à l’occasion de leur journée annuelle. Etty revient dans ma vie et je prêterai ma voix à son écriture. Je me suis alors replongée dans son journal écrit entre 1941 et 1943 à Amsterdam et j’ai été à nouveau impressionnée par la maturité de cette jeune femme libre alors même que la violence de la guerre faisait rage. J’ai écrit pour elle un prologue et un épilogue et j’ai adapté son journal en dialogue avec elle. Depuis toutes ces années, nous nous connaissons bien…

J’ai proposé au compositeur guitariste Alvaro Bello de m’accompagner dans cette nouvelle aventure. La musique tenait une place très importante dans la vie d’Etty et il en est de même pour moi. Les compositions d’Alvaro Bello, jouées en live et enregistrées mettront en lumière la contemporanéité de ses écrits. Etty nous parle toujours et son invitation à faire œuvre de paix dans la mesure du possible est d’une évidente actualité.

Je souhaite faire entendre ses mots et les miens dans un espace épuré plongé dans la pénombre pour que le public entre dans le spectacle « par l’oreille ». Nous sommes saturé.e.s d’images et pour une fois, il s’agit de se laisser guider par le son, par le texte, par la voix.

Cette lecture mise en espace pourra faire jaillir quelques chants en alternance avec le récit et quelques pas de danse dans une lumière finale qui viendra comme un éclat de jasmin dans la nuit.

Car Etty est ce jasmin, ce jasmin en bas de chez elle qu’elle aimait tant et qui, un jour de tempête, s’est retrouvé piétiné dans la boue. Mais le parfum reste, il reste dans le souvenir, il a cette capacité à nous faire revivre un instant du passé. Et le parfum d’Etty nous entête car elle s’obstine à aimer. Cet amour ne peut être enseveli, il explose les frontières, il revient sans cesse comme une chanson de l’enfance, comme une madeleine qui réconforte, « comme un baume » sur nos blessures selon les derniers mots de son journal.