Dans le monde qui est le nôtre, n’avons-nous pas un besoin crucial d’amour ?
J’ai écrit la pièce autour de cette question. L’amour est souvent présent dans mes pièces et avec Assoiffés, il s’agit de rester au plus près du sentiment amoureux. Le choix du titre Assoiffés vient de cette soif de vie, cette soif d’amour, cette soif de danse qui traversent les personnages. Être assoiffés peut être douloureux, mais d’un point de vue métaphorique, peur être aussi porteur d’une dynamique qui pousse à aller de l’avant.
Le texte met en jeu 6 personnages qui seront joués par 3 interprètes. D’un point de vue dramaturgique, c’est intéressant. Le quiproquo dans le chassé-croisé amoureux sera d’autant plus sensible. Des hommes et des femmes vont se croiser sur une piste de danse. Ils vont attendre, danser seul ou ensemble, se chercher, se trouver, se perdre, suivre leur désir ou hésiter. Ce langage de l’amour s’exprime dans une langue épurée, poétique, aux frontières de l’absurde. Samuel Beckett flotte un peu dans l’air de cette salle de bal qui a sa théâtralité.
Le théâtre n’est jamais loin. Une source d’eau claire coule côté jardin et on tourne en rond côté cour. Certains changements de costumes se feront à vue comme cette robe couleur cerise qui tombe des cintres tel un fruit mûr. L’espace théâtral est un plateau aux dimensions du monde. Les personnages le traversent, trimbalant leur univers sous leurs costumes et parfois s’adressent au public. Ils n’ont pas de prénoms et sont nommés ainsi : « Celle qui rêve », « Celui qui vient », « Celle qui reste »… Ils ont souvent soif et attendent que « quelque chose » se passe. Alors, pour provoquer le déclic, ils dansent. Le temps est suspendu et laisse parfois place au rêve éveillé comme cette danse torride que les cœurs timides n’oseront pas initier.
Dans la pièce, il est question d’un voyage ou d’un rêve dans le désert, lieu de contemplation, d’une beauté à couper le souffle, espace où se cache la source de ce qui nous fait avancer. Cet appel du désert fait écho à l’espace vide de la piste de danse. On dirait que les danseurs ont déserté les lieux et ceux et celles qui s’y aventurent flottent comme des iceberg sur la banquise. Le cœur glacé par la perte de l’être aimé tente de se réchauffer sous les projecteurs dans la connivence d’un rock n’roll fougueux.
Deux femmes se sont aimées jadis et s’aiment peut-être encore. L’avenir le dira. Pour l’heure, la tension monte en même temps que les désirs contrariés. Comment ne pas se dissoudre dans le rayonnement de l’autre ? Comment trouver sa juste place sans laisser le soleil déserter l’appartement ?
Un homme danse comme si sa vie en dépendait, au rythme des pulsations de son cœur. Il a l’oeil pour deviner l’absence, le blanc à perte de vue dans le regard de l’autre. Il a l’art aussi de ranimer le feu sous la glace et de proposer une porte de sortie. Côté cour ou côté jardin ? L’avenir le dira.
Tout est en suspension dans la trajectoire des personnages et le désir de danser contamine le public qui sera invité à se joindre à eux. Quelques pistes cependant se dessinent, du côté d’une renaissance, d’un amour naissant ou retrouvé.
Valérie Castel Jordy